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L’Auberge des Balcons : AU COUVENT COMME EN FAMILLE

Midi de juillet. Charlevoix. L’air est doux, mon cœur fébrile. Ce soir, croyez-le ou non, je dors chez les sœurs.

En bikini sous ma robe d’été, la musique à plein volume et les vitres baissées, j’aperçois avec émotion la très bucolique Baie-Saint-Paul qui se dessine dans le bas de la côte et le fleuve Saint-Laurent comme une plaine bleutée qui s’y loge avec langueur.

Mais à travers tous ces Saints que je traverse et malgré le séjour qui s’annonce, si je suis convertie, c’est aux auberges de jeunesse !

Hé oui, car si les Petites Franciscaines de Marie ont bel et bien vécu dans le bâtiment où je m’apprête à entrer, c’est au tour de l’Auberge des Balcons d’y accueillir ses ouailles.

Or, point de sermon ici ! Dès que je pointe le bout de mon nez à la réception, Rémy, le doyen de la place avec sa barbe poivre et sel et son sourire contagieux, me salue comme si l’on se connaissait depuis toujours et m’offre de troquer mes souliers de ville contre une paire de pantoufles. « C’est des grands-mamans de la région qui nous les tricotent », me dit-il fièrement.

Mon enregistrement fait, il me propose une tournée des lieux en compagnie des visiteurs arrivés quelques minutes plus tôt, un couple d’Allemands dans la trentaine et leur adorable poupon. Alors que l’on gravi les marches, je me demande s’ils vont eux aussi dormir en dortoir.

Aussitôt, j’ai ma réponse. Les chambres dites « familiales », un lit double surmonté d’un lit simple superposé pouvant aussi recevoir un lit d’appoint supplémentaire pour bébé, semblent faites sur mesure pour les invités outre-mer de Rémy, trop content de pouvoir les accommoder : « Ici, vous allez être tranquilles, j’ai mis l’équipe de hockey sur l’autre étage » déclare-t-il avec un clin d’œil en les aidant à déposer leurs bagages.

Il m’indique ensuite à mon tour mon lit attitré, en dortoir de quatre. J’aurai la chambre à moi toute seule, il y a eu annulation. Je me réjouis. Un peu d’intimité ne fait jamais de mal et j’ai l’impression que j’aurai amplement l’occasion de socialiser à travers les différentes aires communes de la maison. Et je dis bien « maison », car l’endroit a beau être un ancien couvent, un je ne sais quoi me fait sentir comme chez ma tante, les jours de fête.

La visite se poursuit. Le long du corridor parsemé de petites chambres privées comme figées dans le temps, les images de dévotion sur les tables de chevet en moins, nous découvrons une cuisine toute équipée et une salle à manger invitant les convives à s’asseoir tous ensemble à la même table pour discuter. Et on dirait bien que ça marche ! Deux dames en paréo échangent déjà sur leur itinéraire de voyage en se faisant des sandwiches avec un jeune à l’allure funky qui se dit fan de Tadoussac et de la Gaspésie.

Dans le salon avec mezzanine, une ancienne chapelle autrefois réservée à l’usage exclusif des Petites Franciscaines à laquelle il ne reste que le chemin de croix, héritage fascinant, la lumière entre à plein et le tourne-disque joue Johnny Cash. Plancher en tapis, divans rétros moelleux, il ne manque que le plat de bonbons durs et le décor est complet.

Les bras grands ouverts, Rémy nous présente alors l’impressionnante collection de VHS mise à notre disposition, allant des classiques de Walt Disney aux fameux American Pie. J’effleure au passage quelques revues et journaux attendant d’être lus et jette un rapide coup d’œil à la pile de jeux de société qui trône dans un coin. « Et voici le salon des after ! » Il ouvre une porte, puis une autre. Une pièce à part aménagée exprès pour les couche-tard apparaît, guitare et djembé inclus. « Va y avoir un jam, à 20h. Si y fait beau, on va faire ça dehors autour du feu, mais si y pleut, on va faire ça ici » nous informe-t-il. J’espère presque la pluie tant l’ambiance est agréablement feutrée.

Comme si ma prière avait été entendue, un spectaculaire coup de tonnerre résonne. Au 3e comme au 4e étage, tout le monde sort sur les balcons. Un arc-en-ciel complet zèbre le ciel, séparé en deux comme au couteau par d’imposants nuages noirs. On sort nos cellulaires, nos appareils photos. Un déluge s’abat sur le paysage de montagnes.

Pas de souci pour nous, les balcons sont couverts. Rémy nous quitte en nous disant de ne pas hésiter à demander conseil sur les activités à faire dans le coin, que la plage n’est pas loin, qu’ils ont des rabais pour nous chez les meilleurs cafés, etc… Je le remercie et m’assois dans l’une des nombreuses chaises berçantes, aux premières loges devant la nature qui se déchaîne. Une voyageuse solitaire à l’air sympathique m’offre un verre de vin. J’accepte volontiers. « On se fait une partie de Scrabble ? », qu’elle ajoute.

Ah Auberge des Balcons, réserve-moi une semaine, un mois, je crois bien que je ne bougerai plus d’ici !